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Sur les pas de Madame de Sévigné et de son cousin, Roger de Rabutin, comte de Bussy
Ils étaient 3o amopaliens, habitués des sorties culturelles organisées par la section départementale, qui se sont retrouvés ce mardi 28 avril 2026 pour une journée riche en découvertes historiques, artistiques et littéraires.
Au programme : une immersion dans l’univers de Madame de Sévigné, figure majeure de la littérature épistolaire française, et de son cousin, Roger de Rabutin, comte de Bussy, à travers la visite de deux joyaux du patrimoine bourguignon : le château d’Époisses et le château de Bussy-Rabutin.
🏰 Époisses : entre architecture médiévale et saveurs bourguignonnes
La journée a débuté par la visite guidée du château d’Époisses. Il est la propriété de la famille Guitaut depuis 1661.

Heureusement épargné par la déferlante révolutionnaire, c’est lors de la Restauration que des travaux donneront au château son aspect actuel.
« Cette maison est d’une grandeur et d’une beauté surprenante. M. de Guitaut se divertit fort à la faire ajuster et y dépense bien de l’argent […]. On passerait bien des jours dans cette maison sans s’ennuyer ». (Madame de Sévigné)
Véritable forteresse, cet ensemble médiéval, qui fut tour à tour fréquenté par la reine des Francs, les ducs de Bourgogne, le grand Condé, la Marquise de Sévigné, et plus récemment en 1979 par la reine d’Angleterre Elisabeth II, garde la mémoire de chaque siècle aussi bien dans son architecture que dans ses décors intérieurs, comme un véritable témoin de l’Histoire de France.
La visite s’est conclue par une dégustation du fameux fromage d’Époisses accompagnée d’une sélection de vins de Bourgogne, pour le plus grand plaisir des palais.
Le fromage d’Époisses, qui a sa réputation gastronomique dans toute dans la région, est un fromage goûteux, « à l’odeur pénétrante et saine, au goût franc et subtil ». Il est reconnu officiellement en 1991 en tant qu’Appellation d’Origine Contrôlée.
Il a été importé à la Cour de Louis XIV par le comte de Guitaut. Il y gagna une renommée qu’il n’a jamais perdue. Plus tard, Napoléon Ier devait également l’apprécier, en même temps qu’il fit la connaissance du fameux vin de Chambertin, qu’il n’oubliera jamais (même s’il le coupait d’un peu d’eau).
Une anecdote qui dit encore son renom. Lors du congrès de Vienne en 1815, 49 fromages européens sont notés à l’occasion d’un concours organisé par Talleyrand. L’ « Époisses » est classé deuxième, derrière « Le Brie ».

🍽️ Semur-en-Auxois : déjeuner à l’école hôtelière Bernard Loiseau (lycée Anna Judic)
Les visiteurs du jour ont ensuite pris leur repas à l’école hôtelière Bernard Loiseau. C’est une habitude maintenant établie pour la section de faire appel, dans la mesure du possible, aux établissements de formation en « hôtellerie-restauration » pour les repas. Ce moment convivial a permis de savourer une cuisine raffinée, tout en échangeant sur les premières impressions de la matinée passée à Époisses.


🏰 Bussy-Rabutin : sur les pas de Roger de Rabutin, comte de Bussy

L’après-midi a été consacré à la découverte d’un château classé monument historique, celui de Bussy-Rabutin, un peu ignoré des flux touristiques.
Le comte de Bussy y a vécu. Et c’est en ces lieux qu’il a écrit son Histoire amoureuse des Gaules pour divertir sa maîtresse, la marquise de Montglas, et ses célèbres Mémoires dont il commença la rédaction lors de son incarcération à la Bastille en 1665. Punition royale.
La salle des Devises. Bussy, dans son armure de lieutenant général du roi, accueille fièrement les visiteurs. Ses amours heureuses ou malheureuses transparaissent à travers près de trente peintures murales et leurs devises qui font allusion à ses malheurs non mérités, à sa dévotion sincère pour le roi, à la trahison de sa maîtresse, Madame de La Baume :
▷ le rossignol : « Je chante mes amours » ;
▷ l’oignon : « Qui me mordra, pleurera » ;
▷ le volcan en éruption : « La cause en est cachée » ;
▷ la pie : « Quoique trompé par elle, on l’adore toujours » ;
▷ l’iris fané : « Son absence me tue »
▷ le diamant : « Plus de solidité que d’éclat » ;
▷ l’escargot : « Je me referme en moi-même » ;
▷ le roseau : « Je plie mais ne romps pas » ;
▷ l’iris : « Sa vue me donne la vie » ;
▷ le châtaignier : « Sous des dehors ardus ma douceur est cachée »…
Les appartements de Roger Rabutin. Le logis du maître des lieux a émerveillé le groupe, attentif aux commentaires émaillés d’anecdotes croustillantes du guide :
▷ Le salon des Hommes de guerre. Soixante-cinq portraits d’ « hommes illustres à la guerre » qui vantent leurs exploits guerriers : le comte de Dunois (compagnon de Jeanne d’Arc), Olivier Cromwell « qui fit couper la tête au roi Charles Stuart », le maréchal François de Bassompierre « un des plus galants de son siècle », Gaspard de Châtillon, amiral de France, seigneur de Coligny (assassiné en 1572 lors du massacre de la Saint-Barthélémy)…
▷ La Tour dorée, le « plus beau salon de France ». Une série de tableaux plus galants, où Roger de Rabutin, héros à l’antique, s’y est fait représenter auprès de neuf « belles femmes de la Cour » dont Madame d’Olonne, « la plus belle femme de son temps mais moins fameuse pour sa beauté que pour l’usage qu’elle en fit » et Madame de Châtillon, héroïnes de son Histoire amoureuse des Gaules. Y figure malgré tout la traîtresse Madame de la Baume, responsable en 1662 de la diffusion frauduleuse de son roman satirique. On y reconnaît le portrait du cardinal Mazarin, on y découvre entre autres celui de Marie-Thérèse d’Autriche ainsi que la peinture murale de Pygmalion enlaçant sa statue Galatée…
Le château doit sa renommée à Roger de Bussy-Rabutin, homme de guerre et homme de lettres du XVIIème siècle. Cet écrivain vif et impertinent, élu à l’Académie française en 1665, invente avec sa cousine la marquise de Sévigné le « rabutinage », un genre littéraire où les auteurs complices rivalisent en traits d’esprit et railleries divertissantes. Toutefois les « picoteries » du comte vont trop loin pour le roi Louis XIV qui condamne Bussy à un an de prison à la Bastille puis l’exile en 1666, pendant seize années sur ses terres bourguignonnes pour avoir dévoilé les intrigues de la Cour dans son roman satirique, l’Histoire amoureuse des Gaules. Il reviendra à Paris et à l’Académie française.
Ayant tout perdu, alors qu’il pouvait obtenir beaucoup, le comte de Bussy, banni de la Cour, réagit et se consacre à embellir l’intérieur de son château. Il entreprend aussi le tracé des jardins qu’il décrit comme « des carrés de buis en compartiment, avec de part et d’autre, deux exèdres rectangulaires (bancs de pierre) clos de murs et bordés d’un promenoir en terrasse légèrement surélevé ».
Cependant, l’embellissement des jardins n’est pas sa priorité et il s’emploie avant tout à la décoration intérieure de sa demeure. « Il fit couvrir les murs de son château d’une multitudes de peintures qui retrace l’orgueil de son caractère, son penchant à la galanterie, et le regret qu’il avoit de ne plus faire le métier de courtisan ». (Aubin-Louis Millin, 1807). Bussy-Rabutin s’est ainsi bâti un monument à sa mémoire et à sa gloire.
Même s’il admet que son talent de plume, vanté par ses contemporains, pâlit devant celui de sa cousine de Sévigné (alors qu’il l’avait révélée au monde), dans le temps qu’il faisait peindre ses appartements et couvrir les murs de tableaux, il poursuit la rédaction de ses Mémoires. Jugeant sa vie « considérable », il a décidé de l’écrire : « Les malheurs qui me sont arrivés ayant rendu ma vie plus considérable, j’ai fait dessein de l’écrire ».
Une journée sous le signe du patrimoine culturel et de la convivialité
Cette sortie culturelle a permis aux participants de plonger dans l’histoire vivante de la Bourgogne et de la France de l’Ancien régime du XVIIème siècle. Une journée, à n’en pas douter, qui restera comme un hommage vibrant à deux illustres figures de notre patrimoine littéraire aux destins entrelacés : l’épistolière Marie de Rabutin Chantal, Madame de Sévigné, qui cultivait l’art de la nuance et de l’émotion, et le mémorialiste Bussy, le libertin puni, qui privilégiait l’ironie mordante et la satire.
Bruno Manzoni,
webmestre AMOPA 21





Frise chronologique
(règnes de Henri IV, Louis XIII et Louis XIV).
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« Lettres historiques de Madame de Sévigné » (*) :
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« Madame de Sévigné » par Gaston Boissier (*) :
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(*) Source : BnF Gallica

Publié le 04/06/2026
Mis à jour le 04/06/2026
Photos : Bruno Manzoni
