Visites des châteaux de Vaux-le-Vicomte et de Villers-Cotterêts (11-12/04/2025)

De l’écureuil à la salamandre, en l’an de grâce 2025

Le 10 avril, 37 amopaliens et leurs amis quittèrent Dijon sous un soleil estival, promesse de bonne humeur.

1️⃣ Le château de Vaux-le-Vicomte.

Si à Vaux-le-Vicomte entre bals et banquets
La cour se dissipait autour du grand Fouquet,
Dont le roi jalousait le fabuleux destin,
Au salon se tramait un complot clandestin.

« Quo non ascendet ? »

Après une halte bienvenue pour le déjeuner au « Café de la Paix » de Bourron-Marlotte, ils passèrent l’après-midi à Vaux-le-Vicomte. Dès l’entrée dans la cour du château l’on comprend que le surintendant des finances, Nicolas Fouquet, au goût artistique sûr, s’était entouré des artistes les plus compétents pour bâtir son chef d’œuvre : Louis Le Vau, architecte, Charles Le Brun, décorateur et André Le Nôtre pour les jardins.

La symétrie parfaite de la façade n’a d’égale que la magie optique créée par les ouvertures nombreuses sur le parc. A l’intérieur, sous la verrière, les mots résonnent dans le silence, évoquant ainsi une voûte de langage.

L’organisation intérieure est moderne pour l’époque. La décoration s’avère d’une richesse insigne. Dès la grande Chambre Carrée, le plafond, les tapisseries, les portraits en témoignent. On se plaît alors à imaginer les complots aisément ourdis dans un tel décor. Soulignons que les femmes d’alors constituaient une véritable cour d’espionnes !

La Chambre des Muses présente notamment un plafond magnifique de 1660, un buste de Molière sur la cheminée et une superbe collection de vases chinois. Un cabinet de jeux richement décoré est accolé à cette pièce. Dans l’Antichambre d’Hercule, l’on peut admirer une représentation des travaux du héros et un plafond illustrant la réussite de Nicolas Fouquet.

Mais c’est dans le salon ovale, très lumineux, avec son carrelage blanc animé de cabochons noirs et d’un cadran solaire, que l’on est subjugué par la grandeur du lieu. En attestent les bustes d’empereurs romains sur le pourtour. On imagine sans effort les somptueuses fêtes organisées autrefois dans ce lieu. Cette pièce centrale illustre une évolution technique à l’italienne avec son ouverture généreuse sur une ample terrasse dominant le jardin. L’illusion d’optique parfaite ainsi créée suscita la jalousie de Louis XIV, ce qui valut à Fouquet, sur une accusation de péculat, l’emprisonnement fatal que l’on sait. La statue d’Hercule, qui brille au loin au bout de l’allée centrale, paraît proche malgré la distance réelle.

Dans l’Antichambre du Roi et sa bibliothèque aux livres rares, on admire aussi un bureau Boulle de 1710 en marqueterie. La Chambre du Roi, espace public en réalité, où le souverain reçoit exerçant ainsi son pouvoir à tout moment, contient de hauts portraits, un plafond très ouvragé où figure notamment Chronos, le temps.

A côté, un plafond sculpté mais sans ornement se trouve dans le Cabinet du Roi, qui contient aussi un portrait de Louis XV. La Salle des Buffets, avec ses murs peints composés de cadres dorés, innovante pour l’époque, constitue la première salle à manger de France. C’est là que l’on sent se déployer les efforts d’excellence du fantôme de Vatel, organisateur génial de festins royaux, mais qui le poussèrent au suicide (à Chantilly). Dans les sous-sols, la cave de Fouquet avoisine les cuisines rutilant de tous leurs cuivres. La gastronomie française naquit à cette époque-là : sauce béchamel, plantes aromatiques, chocolat, macaron à la rose en sont quelques exemples.

Tout comme le roi maîtrisait la cour, le jardin était une parfaite illustration de la maîtrise de l’homme sur la nature. Le tracé des pelouses et des allées démontre l’admirable agencement du jardin à la française : ordre et beauté ! Des sculptures animalières, déesses ou autres angelots, ponctuent les parterres symétriques. Des bassins circulaires et un long canal transversal complètent cet ensemble impressionnant.

A côté du château, une collection d’attelages fort bien entretenus – coureuse, calèche, phaéton – témoigne également de l’aisance des propriétaires, la famille de Vogüé.

2️⃣ Villers-Cotterêts.

En fin d’après-midi le groupe AMOPA 21 encore enchanté par les trésors de Vaux, reprit la route à travers la forêt en direction de Villers-Cotterêts. L’hôtel « Bonanite », niché dans la verdure offrit une halte bienfaisante.

Mais les amopaliens, que l’étape culturelle avait mis en appétit, visèrent leur objectif du lendemain dès la fin du dîner. C’est ainsi que les participants, dans une chorale éphémère, entonnèrent la chanson d’Yves Duteil « La langue de chez nous », sous la houlette de Jacques Fuselier.

Le 11 avril chacun était impatient de découvrir Villers-Cotterêts, ville ainsi nommée en raison de son emplacement à côté de la forêt de Retz. La demeure royale représente un hommage à François 1er dont Dijon d’ailleurs a gardé quelques traces : la salamandre est visible contre une verrière de l’église Notre Dame, rue de la Chouette, sur le vieux portail de l’église Sainte Madeleine, rue Amiral Roussin et enfin rue du Lycée sur la lucarne de l’hôtel Bénigne Serre.

Le château

Construit entre 1528 et 1556, c’était une résidence de chasse, qui deviendra maison de famille des Orléans. Philibert Delorme et André Le Nôtre en conçurent l’architecture et le jardin. Il logea la monarchie jusqu’à la révolution. Des fêtes fastueuses y furent organisées. Notons que Molière, Racine et Corneille y présentèrent certaines de leurs pièces.

Devenu caserne puis dépôt de mendicité, le bâtiment abrita ensuite une maison de retraite jusqu’en 2014.

Ce qu’il reste du logis royal est visible d’abord sur la façade où se superposent différents ordres d’architecture à l’extrémité d‘une cour rectangulaire imposante de clarté. Des piliers ioniques, des chapiteaux corinthiens évoquent l’art grec et s’associent à des fioritures italianisantes, dans un ensemble blanc immaculé.

A l’intérieur l’escalier, symbole de la volonté royale d’ouverture, impressionne par ses voûtes à caissons sculptés, où le nouvel humanisme s’exprime par les deux personnifications de la force et de la prudence.

Les visiteurs dijonnais retrouvent, dans la chapelle toute de sobriété, les emblèmes du roi – fleurs de lys et salamandre – avec ses initiales couronnées, mêlés à de rares symboles religieux. L’esprit du Moyen-Âge et la mainmise de l’église sur la vie publique s’effacent au profit d’un esprit renaissant plus ouvert sur le monde.

Mais François 1er ne s’attacha pas qu’à la beauté de l’architecture pour affirmer sa sagesse et sa puissance. Il comprit vite qu’une langue nationale serait l’outil idéal pour étayer son pouvoir. C’est ainsi que fut signée l’Ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539, qui impose la rédaction des actes administratifs et juridiques en « langage maternel françois ». A une époque où le peuple s’exprimait en patois locaux et les nobles ou lettrés en latin, le roi proposa une justice comprise de tous, indépendante de l’église. Il affirma, en même temps, son pouvoir centralisateur. Notons au passage qu’il faudra attendre 1794 pour que le français devienne obligatoire !

La cité internationale de la langue française

Devenu monument national en 2022, le château fut l’objet d’une restauration audacieuse : la Cité internationale de la langue française ouvrit ses portes en 2023. Là, les amopaliens sont conquis dès le départ de leur voyage à travers la francophonie. Sous la verrière tendue au-dessus de la cour du jeu de paume, ils déchiffrent avec humour le ciel lexical, évocateur de la diversité de notre vocabulaire.

A l’étage, de nombreuses salles invitent à l’interaction. Elles présentent le français comme une « langue-monde », une langue « affaire d’état » et décrivent son aventure sous toutes ses formes.

Les retraités se mêlent aux écoliers devant les écrans, partageant leurs hésitations sur le fonctionnement des ordinateurs ou bien sur le sens des mots. Ils s’essaient à la dictée non sans méditer parfois sur les citations qui éclairent le parcours, comme celle-ci :

« Une langue ne se fixe pas. L’esprit humain est toujours en marche, ou, si l’on veut, en mouvement, et les langues avec lui. » Victor Hugo.

Le rôle de l’Académie française est également souligné ainsi que l’intérêt de la traduction. Cette croisière sur les rives du français, avec ses enjeux et son avenir, a paru trop courte à de nombreux visiteurs. Ils se sont tous promis de revenir dans cette Cité pour mieux approfondir leur découverte et goûter la saveur de notre langue dans sa richesse et sa plasticité.

La famille Dumas

Mais l’excursion à Villers-Cotterêts serait incomplète sans un détour par les rues qu’arpenta Alexandre Dumas. Sa maison natale, le Pavillon Henri II et la haute statue de l’écrivain, sur la place Mouflier, constituèrent un prologue intéressant à la visite passionnante du musée Dumas. Il comporte trois salles, rassemblant objets personnels, mobilier et documents originaux, dédiées à chacun des trois Alexandre célèbres.

Le premier, Alexandre Davy de la Pailleterie-Dumas embrassa la carrière militaire. Son portrait équestre reflète la mesure de son ambition.

Son fils, Alexandre Dumas père, le voyageur né en 1802, fut l’heureux auteur des « Trois mousquetaires ». Son buste en plâtre, au milieu de la deuxième salle, donne une idée de sa carrure généreuse. Un manuscrit exposé dans une vitrine montre une calligraphie élégante et fine presque sans ratures.

Enfin, dans la dernière salle, les visiteurs s’attardent sur le troisième Dumas, auteur amoureux de la « Dame aux Camélias ».

C’est riches de toutes ces rencontres que les amopaliens dijonnais repartirent vers leur ancien duché de Bourgogne, heureux d’avoir partagé deux journées d’exception dans une atmosphère rayonnante d’amitié !

C’est notre belle langue qui nous réunit là
Grâce au grand roi François qui rendit officiel
Notre langage unique au mépris du pluriel
De nos nombreux patois, y mettant le holà.

Annie FUSELIER,
membre du comité consultatif de l’AMOPA 21

Album-souvenirs

Château de Vaux -le Vicomte

Château de Villers-Cotterêts

Bruno Manzoni, webmestre AMOPA 21
Publié le 27/05/2026
Mis à jour le 27/05/2026