Sortie de printemps à Châtillon-sur-Seine

Samedi 9 juin 2012  

Sur la route de Lassois, retour aux temps des Celtes.

Quelle belle journée que cette excursion en Châtillonnais ! Tout dès le départ fleure bon la réussite. Dès 7 h 30 notre bus charge le groupe de touristes au square Darcy et gravit la butte de Talant chère à Eudes III pour rejoindre la route de Troyes. Notre voyage commence et Darois apparait sous le soleil. Nous traversons Saint-Seine où se love une église abbatiale du XIIIème siècle, débouchons sur la crête où tourne un rideau blanc d'éoliennes. Le vent souffle sur le prolongement du plateau de Langres, là où nait la source de notre Seine qui arrose Paris. Plus loin, Chanceau apparaît comme un village d'où la vie se serait évanouie. Qu'importe, notre pensée est déjà à Châtillon-sur-Seine.

Après une descente longue et belle de ses bocages verdoyants et fleuris, le village de Saint-Marc nous découvre la Seine qui, léchant de ses boucles ondoyantes le flanc gauche de notre route, nous guidera fidèlement vers notre but. Au passage dans le val, Nod-sur-Seine nous témoigne par une stèle qu'en ce lieu se rejoignirent  les armées de "De Lattre de Tassigny" et la "2ème D.B." du général Leclerc.

Dès notre arrivée, nous retrouvons les Châtillonnais dont Mme et M. ESTRAT-VONTHRON, nos organisateurs, à qui nous devons cette belle visite. Massés devant l'entrée du "nouveau" musée de Chatillon, avides de découvrir en son cadre le fameux vase de Vix, nous avons le plaisir de voir s'ouvrir la grille en fer forgé  et d'être accueillis par notre première "guide" qui dès l'abord capte toute notre attention.

 

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   Panneau à l’entrée du nouveau musée               Panorama sur Saint-Vorles, la Seine et le vieux pont

 

Ce musée, initialement installé dans le bel hôtel PHILANDIER, d'époque Renaissance, quitta ce lieu pour se réorganiser dans l'ancien hôpital, lui-même implanté dans l'ancienne abbaye "Sancta Maria de Castellione", construite sous l'impulsion de Bernard de Clairvaux en 1136. Les bâtiments conventuels vont être dévastés au 16ème et reconstruits au XVIIème et XVIIIème. Si la Révolution a épargné ces nouveaux bâtiments, elle en a retiré tout le mobilier. L'hôpital y fut transféré et y a fonctionné jusqu'en 1980 et laissera place au musée dans lequel toute l'histoire du Châtillonnais, depuis le VIème siècle avant J.C., est retracée. À noter que, lors des travaux de réfection, un égout du XIIème siècle fut mis à jour. Particulièrement agréable à visiter, sa surface, sa clarté, la disposition fonctionnelle et aérée des pièces et objets exposés, son acoustique font que le visiteur, en ce lieu, ne voit pas le temps passer, centré qu'il est sur le passé. Il est vrai que notre guide-conférencière maîtrisait avec brio son sujet et excellait en communication.

Remontant de vingt-sept siècles, nous nous trouvons, dans une première salle, face au fameux vase de VIX qu'il faudrait appeler cratère : une pièce exceptionnelle haute de 1,64 m, d'un diamètre de 1,27 m, dont l'épaisseur des parois laisse pantois les experts (1 à 1,5 mm), d'une contenance de 1100 litres. Il possède au col une élégante frise sculptée figurant des guerriers avec chevaux et chars, dont chacun des motifs ne peut être placé qu'en un endroit précis repéré par une marque particulière. Ses deux anses tout aussi remarquables, portent chacune une tête de gorgone. L'œuvre  est rattachée à celles des plus abouties des bronziers du sud de l'Italie (Grande Grèce).

            Son couvercle, percé de fins opercules, présente l'originalité de servir à filtrer les liquides versés des amphores servant au transport (vins, hydromel..). Il est surmonté en son centre d'une statuette en bronze représentant une jeune fille vêtue d'un "hiton" serré par une ceinture et dont le visage voilé rappelle ceux trouvés sur les vases de la "grande Grèce".

Ce vase surprenant, découvert en 1953 par MOISSON, mis à jour en collaboration avec GEOFFROY  a traversé les siècles sous un tumulus près du village de Vix. Là était la tombe d'une princesse celte dont la tête retenait un torque, magnifique collier en or de 480 g caractéristique des orfèvres celtes. Un cheval ailé minuscule, posé sur un coussin de fils d'or surmonte chacune des deux extrémités en forme de poire de ce torque.

 

En contrebas de cette première salle, une reconstitution de la tombe dans laquelle la princesse de Vix était ensevelie montre, entre autres objets, outre des bijoux, le chariot funéraire sur lequel elle reposait. Notre guide souligne la facture de ce dernier qui possède des roues avant directionnelles et apparait comme une remarquable avancée technologique. Riches de maints objets découverts en pays châtillonnais, les vitrines attirent notre attention. Ici, nous admirons un bassin en bronze sur trépieds provenant d'un tumulus de Sainte-Colombe, là, la Vénus de Montliot sculptée sur ce qui devait être un pied de table, ailleurs, toute une série de fibules zoomorphes datant de la période celtique (ou gauloise), plus loin des sculptures du IIème siècle après J.C., issues de mausolées de riches gallo-romains, des ex-voto trouvés dans la résurgence de la Douix en 1996, un groupe de déesses-mères assises l'une tenant un bébé, une seconde des langes, une troisième une patère ; plus loin encore de cette même époque gallo-romaine, une statue en calcaire du Châtillonnais, "l'enfant offrant un porcelet" (ou un chien) à une divinité sans oublier, de notre viticole région, ce Bacchus en bronze découvert dans la vallée de la "Laigne" près de l'abbaye de Molesmes.

Après les salles du Moyen-Âge, nous passons aux XVIIème et XVIIIème siècles. Le musée présente et conserve une étonnante série de bois gravés d'images populaires témoignant de l'activité des imprimeries bourguignonnes. Puis nous faisons connaissance avec un acteur de l'époque napoléonienne : Auguste MARMONT, enfant de Châtillon,  aide de camp de Napoléon, nommé à 35 ans Maréchal d'Empire et dont la tombe se trouve au cimetière de l'Eglise Saint-Vorles.

 

Châtillon 2012 04.JPG      Eglise Saint-Vorles vue depuis le cimetière

 

Nous quittons le musée et accédons, cette fois sous la houlette de Mme ESTRAT-VONTHRON à un des points stratégiques de la ville au Moyen-Âge, là où se dressait le château construit par le duc de Bourgogne au XIIème siècle, occupant une partie du castrum qui avait été la propriété des évêques de Langres jusqu'en 973 avant d'être partagé avec le Duc. Le château du duc et la résidence de l'évêque étaient donc réunis dans un même lieu. Une partie des murs et la tour de Gissey (au nord) subsiste malgré le démantèlement autorisé par le bon roi Henri IV.

 

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Ruines du château construit par le duc de Bourgogne au XIIème           La mise au tombeau, école champenoise du XVIème

 

Ce promontoire offre une vue à 360°. Du regard nous survolons Châtillon, arrosé par la Seine qui se divise à l'entrée de la ville, enceint une partie verdoyante, passe sous le vieux pont et se grossit des eaux vives de la Douix dont le débit oscille entre 600 et 3000 litres par seconde. Nous reconnaissons au nord-ouest le musée et l'abbatiale Notre-Dame (XIIème), plus à gauche la porte de Paris, l'Église Saint Jean (XVIème), plus au loin, le mont Lassois. Au sud, apparaissent l'Église Saint Nicolas (fin du XIIème) et sur la colline le couvent des Cordeliers (XIIIème).

 

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                                                      Des « paroissiens » attentifs aux explications de Mme Estrat

 

 

Comme nous sommes à proximité de l'église Saint-Vorles, notre guide nous invite à la découvrir. Saint-Vorles se dresse à l'emplacement d'origine de la ville occupé dès l'Antiquité. Elle date des Xème et XIIème siècles. Son chœur est typiquement roman. Elle possède quelques vestiges de l'art carolingien préroman avec ses arcatures lombardes, son double clocher, et son double transept. En la chapelle basse, figure une représentation de Saint-Bernard recevant le lait de la Vierge. C'est ici que ce serait produit le miracle de la lactation. A la sortie de l'église, sur le parvis, un autre saint, Bernard, moderne celui-ci, œuvre de David Schneider, veille sur la ville.

 

Nous empruntons un petit chemin qui dégringole et nous conduit en un site reposant, paisible et frais. Nous sommes à la source de la Douix qui coule à l'ombre de grands arbres et nourrit la Seine quelques mètres en aval. C'est ici, au pied d'un rocher calcaire du bathonien, haut de quelques 30 m, à l'émergence de la rivière, que des ex-voto anatomiques, des fibules, des épingles, des pièces de monnaie furent trouvés, marques de l'existence d'un lieu divin, d'un lieu de pratiques votives à l'époque du Hallstatt (500 ans avant J.C.. Honoré comme sanctuaire guérisseur, des épingles s'y seraient jetées jusqu'au début du XXème siècle.

 

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             Vue générale sur la Douix                                      L’église Saint-Marcel sur le mont Lassois

 

Cette promenade apéritive eut l'autre intérêt, en cette fin de matinée de nous mettre l'eau à la bouche en pensant au repas qui nous attendait. Nous rejoignîmes notre restaurant de la Côte-d'Or et nous régalâmes d'une fraîche salade paysanne, d'un savoureux porcelet et d'un dessert de nougat glacé, le tout arrosé d'un bourgogne rouge local gouleyant. Entre la glace et le café, nous reçûmes de nos guides-organisateurs, un sac souvenir de documents propres à nous inciter à revenir en pays châtillonnais.

En route maintenant pour Vix et ses secrets. Le village s'étale, paisible au bord de la Seine. Franchi le petit pont, par un chemin étroit, tortueux, pentu, que seul peut emprunter un chauffeur expérimenté et "compétent au-delà des attentes" (termes empruntés au jargon pédagogique de l'évaluation en contrôle continu), notre bus gravit le mont Lassois et nous dépose devant une jolie église du XIIème, l'église Saint-Marcel, témoignage de l'existence d'un haut-lieu du Moyen-Âge. Les murs de cette église, ses piliers, sont érigés avec des parties de sarcophages du cimetière mérovingien qui entourait l'église.

 

 

 

Châtillon 2012 08.JPG                Châtillon 2012 10.JPG

  Jacques Stréer explique le site archéologique          Présentation de la maquette de la maison de la Dame de Vix

 

 

 

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                           Le groupe à l’écoute des explications de Jacques Stréer

 

Ici nous attend notre collègue Jacques STRÉER, secrétaire de la Société Archéologique et Historique du Châtillonnais, musette en bandoulière. Il sera notre guide faisant preuve d'excellence pédagogique. Et le mont Lassois s'anima au fil des explications éclairées tantôt par des panneaux suspendus, tantôt par des photos, des affichettes sorties de la gibecière ou encore par une maquette brandie au détour d'un buisson. L'image de la vie au temps des Celtes se construisait en nos têtes. Une maison de princesse prend forme, une palissade se dresse, un grenier regorge de blé, une ville entière nous apparaît, érigée selon des techniques très avancées. Au vu de la maison de la dame de Vix, de ses dimensions, des vastes espaces intérieurs, nous sommes convenus que ces Celtes possédaient non seulement la géométrie mais aussi des savoirs de mécanique les amenant à construire des charpentes très fonctionnelles et résistantes. Ainsi nous allions à travers les fouilles où chaque trou, chaque tranchée prenait du sens. Nous avons même reconnu les traces d'un incendie sur les restes duquel eut lieu la reconstruction.

La partie ouest de cette ville est protégée par des remparts datés du hallstattien (autour de 500 ans avant J.C.), pouvant atteindre 9 mètres de large et possédant selon la technique gauloise des poutres verticales et horizontales servant à ancrer  et stabiliser le terrassement. Sous ces remparts, d'autres datés de la fin de l'âge du bronze, plus larges, ont été repérés. Nous visitons la partie orientale, en contre bas du village, plus originale et comportant 4 levées bien identifiées mais dont la fonction demeure encore hypothétique. Ces levées descendent vers la Seine qui à cette époque (Hallstatt final) venait s'appuyer sur le mont Lassois et était navigable jusqu'à cet endroit. Ce sont des rampes très larges et très hautes (certains talus ont 40 mètres de large et 4 mètres de hauteur), séparées par des fossés ayant parfois 10 mètres de profondeur et 30 mètres de largeur. Les principes de maçonnerie armée faite de terre de pierre et de poteaux  donnent une grande solidité à l'ensemble.

Sur ces édifices  monumentaux et époustouflants, s'est achevé notre voyage. Nous avons repris la route de Dijon, nous interrogeant encore sur ces levées, leur fonction, leur construction et la forte mobilisation de main-d'œuvre qu'elles avaient mobilisée en ce lieu qui ne semble pas particulièrement marqué par de telles réalisations techniques. À 19 h 30, nous retrouvions le square Darcy et chacun regagna son foyer, la tête déjà pleine de souvenirs et de connaissances nouvelles ou ravivées.

Daniel DEMONFAUCON

 

 

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