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Sur
la route de Lassois, retour aux temps des Celtes.
Quelle
belle journée que cette excursion en Châtillonnais
! Tout dès le départ fleure bon la réussite. Dès 7
h 30 notre bus charge le groupe de touristes au square Darcy et gravit la butte
de Talant chère à Eudes III pour rejoindre la route de Troyes.
Notre voyage commence et Darois apparait sous le
soleil. Nous traversons Saint-Seine où se love une église
abbatiale du XIIIème siècle, débouchons sur la
crête où tourne un rideau blanc d'éoliennes. Le vent
souffle sur le prolongement du plateau de Langres, là où nait la
source de notre Seine qui arrose Paris. Plus loin, Chanceau
apparaît comme un village d'où la vie se serait évanouie.
Qu'importe, notre pensée est déjà à
Châtillon-sur-Seine.
Après
une descente longue et belle de ses bocages verdoyants et fleuris, le village
de Saint-Marc nous découvre la Seine qui,
léchant de ses boucles ondoyantes le flanc gauche de notre route, nous
guidera fidèlement vers notre but. Au passage dans le val, Nod-sur-Seine nous témoigne par une stèle
qu'en ce lieu se rejoignirent les
armées de "De Lattre de Tassigny" et la "2ème
D.B." du général Leclerc.
Dès
notre arrivée, nous retrouvons les Châtillonnais
dont Mme et M. ESTRAT-VONTHRON, nos organisateurs, à qui nous devons
cette belle visite. Massés devant l'entrée du "nouveau"
musée de Chatillon, avides de découvrir en son cadre le fameux
vase de Vix, nous avons le plaisir de voir s'ouvrir la grille en fer
forgé et d'être
accueillis par notre première "guide" qui dès l'abord
capte toute notre attention.

Panneau à
l’entrée du nouveau musée
Panorama sur Saint-Vorles, la Seine et le
vieux pont
Ce
musée, initialement installé dans le bel hôtel PHILANDIER,
d'époque Renaissance, quitta ce lieu pour se réorganiser dans
l'ancien hôpital, lui-même implanté dans l'ancienne abbaye
"Sancta Maria de Castellione",
construite sous l'impulsion de Bernard de Clairvaux en 1136. Les
bâtiments conventuels vont être dévastés au 16ème
et reconstruits au XVIIème et XVIIIème. Si
la Révolution a épargné ces nouveaux bâtiments, elle
en a retiré tout le mobilier. L'hôpital y fut
transféré et y a fonctionné jusqu'en 1980 et laissera
place au musée dans lequel toute l'histoire du Châtillonnais,
depuis le VIème siècle avant J.C., est
retracée. À noter que, lors des travaux de réfection, un
égout du XIIème siècle fut mis à jour.
Particulièrement agréable à visiter, sa surface, sa
clarté, la disposition fonctionnelle et aérée des
pièces et objets exposés, son acoustique font que le visiteur, en
ce lieu, ne voit pas le temps passer, centré qu'il est sur le
passé. Il est vrai que notre guide-conférencière
maîtrisait avec brio son sujet et excellait en communication.
Remontant
de vingt-sept siècles, nous nous trouvons, dans une première
salle, face au fameux vase de VIX
qu'il faudrait appeler cratère : une pièce exceptionnelle haute
de 1,64 m, d'un diamètre de 1,27 m, dont l'épaisseur des parois
laisse pantois les experts (1 à 1,5 mm), d'une contenance de 1100 litres.
Il possède au col une élégante frise sculptée
figurant des guerriers avec chevaux et chars, dont chacun des motifs ne peut
être placé qu'en un endroit précis repéré par
une marque particulière. Ses deux anses tout aussi remarquables, portent
chacune une tête de gorgone. L'œuvre est rattachée à celles des
plus abouties des bronziers du sud de l'Italie (Grande Grèce).
Son
couvercle, percé de fins opercules, présente l'originalité
de servir à filtrer les liquides versés des amphores servant au
transport (vins, hydromel..). Il est surmonté en son centre d'une
statuette en bronze représentant une jeune fille vêtue d'un "hiton" serré par une ceinture et dont le visage
voilé rappelle ceux trouvés sur les vases de la "grande
Grèce".
Ce
vase surprenant, découvert en 1953 par MOISSON, mis à jour en
collaboration avec GEOFFROY a
traversé les siècles sous un tumulus près du village de
Vix. Là était la tombe d'une princesse celte dont la tête
retenait un torque, magnifique collier en or de 480 g caractéristique
des orfèvres celtes. Un cheval ailé minuscule, posé sur un
coussin de fils d'or surmonte chacune des deux extrémités en
forme de poire de ce torque.
En
contrebas de cette première salle, une reconstitution de la tombe dans
laquelle la princesse de Vix était ensevelie montre, entre autres
objets, outre des bijoux, le chariot funéraire sur lequel elle reposait.
Notre guide souligne la facture de ce dernier qui possède des roues
avant directionnelles et apparait comme une remarquable avancée
technologique. Riches de maints objets découverts en pays châtillonnais, les vitrines attirent notre attention.
Ici, nous admirons un bassin en bronze sur trépieds provenant d'un
tumulus de Sainte-Colombe, là, la Vénus de Montliot
sculptée sur ce qui devait être un pied de table, ailleurs, toute
une série de fibules zoomorphes datant de la période celtique (ou
gauloise), plus loin des sculptures du IIème siècle
après J.C., issues de mausolées de riches gallo-romains, des
ex-voto trouvés dans la résurgence de la Douix
en 1996, un groupe de déesses-mères assises l'une tenant un
bébé, une seconde des langes, une troisième une
patère ; plus loin encore de cette même époque
gallo-romaine, une statue en calcaire du Châtillonnais,
"l'enfant offrant un porcelet" (ou un chien) à une
divinité sans oublier, de notre viticole région, ce Bacchus en
bronze découvert dans la vallée de la "Laigne"
près de l'abbaye de Molesmes.
Après
les salles du Moyen-Âge, nous passons aux XVIIème
et XVIIIème siècles. Le musée présente
et conserve une étonnante série de bois gravés d'images
populaires témoignant de l'activité des imprimeries
bourguignonnes. Puis nous faisons connaissance avec un acteur de
l'époque napoléonienne : Auguste MARMONT, enfant de Châtillon, aide de camp de Napoléon,
nommé à 35 ans Maréchal d'Empire et dont la tombe se
trouve au cimetière de l'Eglise Saint-Vorles.
Eglise
Saint-Vorles vue depuis le cimetière
Nous
quittons le musée et accédons, cette fois sous la houlette de Mme
ESTRAT-VONTHRON à un des points stratégiques de la ville au Moyen-Âge, là où se dressait le
château construit par le duc de Bourgogne au XIIème
siècle, occupant une partie du castrum qui avait été la
propriété des évêques de Langres jusqu'en 973 avant
d'être partagé avec le Duc. Le château du duc et la
résidence de l'évêque étaient donc réunis
dans un même lieu. Une partie des murs et la tour de Gissey
(au nord) subsiste malgré le démantèlement autorisé
par le bon roi Henri IV.

Ruines
du château construit par le duc de Bourgogne au XIIème
La mise au tombeau, école champenoise du XVIème
Ce
promontoire offre une vue à 360°. Du regard nous survolons
Châtillon, arrosé par la Seine qui se divise à
l'entrée de la ville, enceint une partie verdoyante, passe sous le vieux
pont et se grossit des eaux vives de la Douix
dont le débit oscille entre 600 et 3000 litres par seconde. Nous
reconnaissons au nord-ouest le musée et l'abbatiale Notre-Dame (XIIème),
plus à gauche la porte de Paris, l'Église Saint Jean (XVIème),
plus au loin, le mont Lassois. Au sud, apparaissent
l'Église Saint Nicolas (fin du XIIème) et sur la
colline le couvent des Cordeliers (XIIIème).

Des « paroissiens »
attentifs aux explications de Mme Estrat
Comme
nous sommes à proximité de l'église Saint-Vorles, notre guide nous invite à la
découvrir. Saint-Vorles se dresse à
l'emplacement d'origine de la ville occupé dès
l'Antiquité. Elle date des Xème et XIIème
siècles. Son chœur est typiquement roman. Elle possède
quelques vestiges de l'art carolingien préroman avec ses arcatures
lombardes, son double clocher, et son double transept. En la chapelle basse,
figure une représentation de Saint-Bernard
recevant le lait de la Vierge. C'est ici que ce serait produit le miracle de la
lactation. A la sortie de l'église, sur le parvis, un autre saint,
Bernard, moderne celui-ci, œuvre de David Schneider, veille sur la ville.
Nous
empruntons un petit chemin qui dégringole et nous conduit en un site
reposant, paisible et frais. Nous sommes à la source de la Douix qui coule à l'ombre de grands arbres et
nourrit la Seine quelques mètres en aval. C'est ici, au pied d'un rocher
calcaire du bathonien, haut de quelques 30 m, à l'émergence de la
rivière, que des ex-voto anatomiques, des fibules, des épingles,
des pièces de monnaie furent trouvés, marques de l'existence d'un
lieu divin, d'un lieu de pratiques votives à l'époque du
Hallstatt (500 ans avant J.C.. Honoré comme
sanctuaire guérisseur, des épingles s'y seraient jetées
jusqu'au début du XXème siècle.

Vue générale sur la Douix
L’église Saint-Marcel sur le mont Lassois
Cette
promenade apéritive eut l'autre intérêt, en cette fin de
matinée de nous mettre l'eau à la bouche en pensant au repas qui
nous attendait. Nous rejoignîmes notre restaurant de la Côte-d'Or
et nous régalâmes d'une fraîche salade paysanne, d'un
savoureux porcelet et d'un dessert de nougat glacé, le tout arrosé
d'un bourgogne rouge local gouleyant. Entre la glace et le café, nous
reçûmes de nos guides-organisateurs, un sac souvenir de documents
propres à nous inciter à revenir en pays châtillonnais.
En
route maintenant pour Vix et ses secrets. Le village s'étale, paisible
au bord de la Seine. Franchi le petit pont, par un chemin étroit,
tortueux, pentu, que seul peut emprunter un chauffeur expérimenté
et "compétent au-delà des attentes" (termes empruntés
au jargon pédagogique de l'évaluation en contrôle continu),
notre bus gravit le mont Lassois et nous
dépose devant une jolie église du XIIème,
l'église Saint-Marcel, témoignage de l'existence d'un haut-lieu
du Moyen-Âge. Les murs de cette église,
ses piliers, sont érigés avec des parties de sarcophages du cimetière
mérovingien qui entourait l'église.

Jacques Stréer
explique le site archéologique
Présentation de la maquette de la maison de la Dame de Vix

Le
groupe à l’écoute des explications de Jacques Stréer
Ici nous attend notre
collègue Jacques STRÉER, secrétaire de la
Société Archéologique et Historique du Châtillonnais,
musette en bandoulière. Il sera notre guide faisant preuve d'excellence
pédagogique. Et le mont Lassois s'anima au fil
des explications éclairées tantôt par des panneaux
suspendus, tantôt par des photos, des affichettes sorties de la
gibecière ou encore par une maquette brandie au détour d'un
buisson. L'image de la vie au temps des Celtes se construisait en nos
têtes. Une maison de princesse prend forme, une palissade se dresse, un
grenier regorge de blé, une ville entière nous apparaît,
érigée selon des techniques très avancées. Au vu de
la maison de la dame de Vix, de ses dimensions, des vastes espaces
intérieurs, nous sommes convenus que ces Celtes possédaient non
seulement la géométrie mais aussi des savoirs de mécanique
les amenant à construire des charpentes très fonctionnelles et
résistantes. Ainsi nous allions à travers les fouilles où
chaque trou, chaque tranchée prenait du sens. Nous avons même
reconnu les traces d'un incendie sur les restes duquel eut lieu la
reconstruction.
La partie ouest de
cette ville est protégée par des remparts datés du
hallstattien (autour de 500 ans avant J.C.), pouvant atteindre 9 mètres
de large et possédant selon la technique gauloise des poutres verticales
et horizontales servant à ancrer
et stabiliser le terrassement. Sous ces remparts, d'autres datés
de la fin de l'âge du bronze, plus larges, ont été
repérés. Nous visitons la partie orientale, en contre bas du
village, plus originale et comportant 4 levées bien identifiées
mais dont la fonction demeure encore hypothétique. Ces levées
descendent vers la Seine qui à cette époque (Hallstatt final)
venait s'appuyer sur le mont Lassois et était
navigable jusqu'à cet endroit. Ce sont des rampes très larges et
très hautes (certains talus ont 40 mètres de large et 4
mètres de hauteur), séparées par des fossés ayant
parfois 10 mètres de profondeur et 30 mètres de largeur. Les
principes de maçonnerie armée faite de terre de pierre et de
poteaux donnent une grande
solidité à l'ensemble.
Sur ces
édifices monumentaux et
époustouflants, s'est achevé notre voyage. Nous avons repris la
route de Dijon, nous interrogeant encore sur ces levées, leur fonction,
leur construction et la forte mobilisation de main-d'œuvre qu'elles
avaient mobilisée en ce lieu qui ne semble pas particulièrement
marqué par de telles réalisations techniques. À 19 h 30,
nous retrouvions le square Darcy et chacun regagna son foyer, la tête
déjà pleine de souvenirs et de connaissances nouvelles ou
ravivées.